• Dessin et peinture - vidéo 2326: Pastelliser un nu de manière détaillée.

     

     

        Pas-à-pas : le nu

    Il m'arrive parfois de consulter mes anciens docs et de ressortir un cliché qui fait naître une nouvelle envie, une nouvelle interprétation. Cette fois, c'est une photo de Céline, elle doit avoir au moins huit ans. Céline est l'un de mes premiers modèles, l'une des premières a avoir voulu partager cette aventure. Céline est une professionnelle d'une certaine image de la féminité telle que l'on veut nous la vendre. Elle est mannequin et à l'époque de cette photo, elle était Miss Périgord. Son professionnalisme est omniprésent quand elle vient poser, elle sait naturellement mettre une distance entre ceux qui vont exploiter son image et ce qu'elle est véritablement. Sauf que moi, je la connais depuis qu'elle a eu ses 14 printemps. Elle était l'une de mes élèves, Je connais bien sa sensibilité, son courage, son humilité et son extrême gentillesse. C'est cette Céline-là qui est dans ma tête quand je m'apprête à la peindre.
    Le dessin sur carton abrasif Pastel Card 60 x 80
    Plusieurs envies : mettre en exergue la lumière et la blancheur du drapé qui l'enserre. Essayer de donner l'illusion d'une peinture réalisée sur un mur. J'ai choisi un carton abrasif Pastel Card de Sennelier, d'un format de 60 x 80 cm. J'y trace ensuite un cadre faisant 75 x 56, une vieille habitude prise à l'époque où j'achetais mes cadres tout faits. En rajoutant un passe-partout de 8,5 cm, j'obtiens un cadre de 73 x 92 cm, soit un format standard de 30F (F pour figure).
    Je choisis une composition basée sur le tiers photographique et je décide de caler le corps sur la partie supérieure. Je réalise le dessin à l'aide d'un crayon pastel Stabilo CarbOthello N° 655, couleur sanguine. Il permet d'effacer sans trop laisser de trace, même sur l'abrasif à condition d'avoir la main légère. Ensuite j'affirme le dessin avec un crayon Comté Sanguine N° 610.
    Une fois le dessin terminé, je le photographie avec mon appareil numérique. Ensuite j'imprime la photo sur du papier à dessin Canson 90g au format A4 (21 x 29,7). Le papier absorbe bien l'encre de l'imprimante et il garde ses qualités graphiques grâce à son grain, ce qui va me permettre de réaliser des pochades.
    Transfert de la photo numérique à l’ordinateur.
    Impression de la future pochade.
    Une pochade est une petite peinture sommaire, une sorte d'esquisse préparatoire en couleur ou non. Dans le cadre de ma peinture, qui est une transposition d'un personnage dans une ambiance, un monde imaginaire, cette étape de la pochade est essentielle afin de fixer et de valider l'image que j'ai en tête. Voici quelques exemples de pochades :
    Exemples de pochades.
    La future pochade et le dessin original.
    À l'aide de mes crayons pastel et des pastel durs (Carrés Conté ou Faber-Castell) je réalise cette esquisse en couleur qui ensuite m'aidera à la concrétisation du tableau. 
    Colorisation de la pochade.
    Si le résultat ne me satisfait pas, je peux recommencer autant de fois que j'en ai besoin en imprimant de nouveau la photo. Quand la technologie vient au secours de l'artiste.
    Je commence généralement à colorer ce qu'il y a de plus éloigné sur le tableau. Je vais donc mettre en place mon fond que j'imagine plus unis en haut qu'en bas. Je laisse courir mon crayon sur mon format, sans vouloir le diriger pour tracer les fissures de la pierre. Cet effet de fond minérale m'est venu avec un tableau dont Céline était également le sujet, il s'appelle "L'éveil". Un tableau qui est resté un an sous la forme d'un dessin avant que je trouve cette idée de mise en scène.
    L'éveil
    J'aurai dû commencer par le haut du tableau, mais j'ai eu envie tout de suite de mettre en place ce mur . Il n'y a pas de raison pratique à ça, je commence donc par le bas. Cet effet minéral est très facile à rendre grâce au grain de l'abrasif. Il suffit de frotter les craies de différentes couleurs, sans appuyer et sans jamais estomper. Le rendu est immédiat.
    Pour le fond du haut, j'utilise un vert de chez Girault très foncé, presque noir. Sur la droite, je rajoute un bleu foncé puis un noir de chez Sennelier. 
    Sur la partie de gauche, j'opte pour un vert olive associé à une terre d'ombre brûlée que je vais également recouvrir du noir de chez Sennelier. Ensuite j'estompe.
    Ensuite je commence le drapé sur lequel repose Céline. Je choisis un bleu de ceruleum soutenu qui va me servir de teinte de fond sur lequel je vais travailler les différentes nuances de ce drapé. Je veux réaliser ce tissu d'une manière plus brute, plus impressionniste que celui qui couvre Céline. Je voudrais un aspect bien différent entre le personnage et le reste du tableau. Accentuer les contrastes de factures. Donc, je n'estompe pas cette partie.
    J'aborde avec soin le bas du drapé devenant peinture à peine ébauchée avec les dégoulinades qui coulent sur la pierre. Au fur et à mesure que le tableau prend corps, je sais que je vais devoir revenir sur ce mur, qui peu à peu, perd de ses détails en comparaison avec le reste du tableau.
    Avant d'exécuter le personnage, je vais réaliser le drapé blanc, que je veux exécuter le plus fidèlement possible. Je veux également me rendre compte de la différence de valeur entre ce drapé blanc et le fond fonçé et juger de l'intensité de la lumière qui se révélera. Pour réaliser ce drapé, je reviens sur le dessin et je fais apparaître chaque pli en posant les ombres avec un crayon sépia. Puis à l'aide d'un bleu très clair, un jaune clair de chez Girault plus un blanc de chez Jaxon, je pose les nuances sur ce drapé en laissant apparaître les ombres. 
    Ensuite j'estompe avec les doigts, afin d'obtenir une sous-couche sur laquelle je vais pouvoir travailler en détail.
    Avec des pastel Girault, je rehausse les plis du drapé, puis j'estompe à nouveau, légèrement en suivant les contours du tissu. J'obtiens de nouveau une sous-couche mais qui cette fois est dans les bonnes teintes. 
    Il me reste alors à rehausser les lumières avec les mêmes Girault et travailler le tracé des plis avec les crayons pastels ainsi que réajuster les valeurs.
     
    Après le fond et les drapés, il reste la réalisation du personnage. Sur la photo, la lumière est très chaude et relativement près de Céline. Je vais garder cette ambiance qui ajoutera au contraste avec le fond plutôt froid, aussi bien par la couleur que par l'aspect. Je change de matériel et je sors ma boîte de pastels Rembrandt/Girault, pastels affûtés, ma boîte de Faber-Castell et ma sélection de crayons pastel.
      

    Première phase, la couleur locale de la peau avec les Girault et les Rembrandt.
    Le grain du papier abrasif ne rend pas la tâche aisée pour ce qui est de la représentation de la peau, sauf pour un rendu impressionniste. Voici le rendu de cette première couche :
    Mais ce rendu n'est pas dans ma démarche. J'ai mis un certain temps avant de trouver la solution et elle ne réside pas dans l'estompe non plus, car celle-ci donne un aspect de mannequin de cire digne d'un musée Grévin, ce qui n'est pas non plus dans le style que je veux donner. La solution est dans la multiplication des couches en passant par des pastels de plus en plus durs. Cette méthode a l'avantage de permettre de passer suffisamment de temps dans la recherche subtile des couleurs de la carnation.
    Unification des couleurs avec des pastels durs Faber-Castell
    Après avoir unifié en quelque sorte les couleurs à l'aide des pastels Faber-Castell, je travaille la texture de la peau et ses multiples nuances avec les crayons pastel Derwent Artist et Stabylo CarbOthello. Je tiens à préciser que je n'utilise pas les crayons en tant que tels, mais plutôt comme de tout petits bouts de craie et je continue à peindre avec, plus que je ne dessine. Cette méthode peut s'apparenter à celle du glacis en peinture à l'huile.
    Finitions avec les crayons pastel
    Il fut une époque, pas si éloignée, où j'abordais cette étape avec une certaine appréhension. Aujourd'hui, c'est l'un de mes moments préféré dans la réalisation d'un personnage. La difficulté liée aux pastels, c'est qu'avec des outils des plus simples, craies et crayons, il faut trouver "sa manière de faire" qui aboutira au résultat tant espéré.
    Pas de subterfuge, seule la maîtrise de l'outil et la dextérité du peintre sont à l'œuvre. Il m'aura fallu bien des expériences et tant de conseils distillaient par les meilleurs pastellistes - un peu de cette méthode de l'un, un peu de cette approche de l'autre, en utilisant les outils d'un troisième tout en y mettant beaucoup de soi - et des années pour découvrir ma propre méthode. Celle où je me sens à l'aise, ou je sens un début de maîtrise du processus et je suis curieux de voir comment elle va évoluer dans le temps.
    Le tableau est presque terminé. Quelques retouches sur le mur pour rendre les fissures plus présentes. Voilà, c'est fini.
            
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